Bien avant l’essor des minarets modernes et la diffusion des prêches en direct sur les radios locales, un homme s’est tracé silencieusement un chemin vers la lumière du savoir. Parti très jeune sur les routes de l’apprentissage, il a porté son amour du Coran aux confins du monde musulman, s’imprégnant des sciences sacrées avant de transmettre, avec ferveur, chaque verset aux générations futures.
Cheikh Abû Muhammad Ayyûb Haïdara, de son nom générique à Bourem, Alfagha Abi, est né en 1958 à Maza, un petit village de la Commune de Bourem. Dernier fils d’une famille pieuse, il est le fils du vénéré Cheikh Ayyûb Hamadou Haïdara, Imam respecté issu de la tribu Gamsa, et de Aïchouna Sâlâ, femme vertueuse de la tribu Ahomi.
Élevé parmi quinze frères et sœurs, il baigne dès son enfance dans la foi et le savoir. Dès son plus jeune âge, il mémorise le Saint Coran avec son père, puis son frère aîné, suivant la méthode traditionnelle sur tablette de bois, assurant rigueur et solidité. Il partage aussi les lourdes tâches rurales, gardant le bétail et participant aux responsabilités familiales.
Sa quête le mène dans le Macina, puis à Mopti, célèbre centre coranique, où il rejoint le cercle du Cheikh Modibo Allaye, achevant sa mémorisation et perfectionnant sa récitation comme il reçoit une ijâza (un certificat spécial) en lecture de Nâfi selon la transmission de Warsh (une méthode canonienne de récitation du Coran).
Aujourd’hui, Cheikh Abû Muhammad est reconnu pour sa maîtrise du Coran, son humilité et son engagement religieux au service de la communauté.
Marié et père de plusieurs enfants, il incarne un modèle vivant de piété, de savoir et de service. Après une formation initiale à Bouaké en Côte d’Ivoire à l’Ecole Dâr Al-Hadîth, il poursuit ses études à La Mecque grâce à une bourse obtenue en 1979. Il y demeure 14 ans, étudiant à l’Institut du Haram Makki puis à l’Université Umm Al-Qurâ, où il obtient une Licence en appel et fondements de la religion, puis un Master à l’Institut Supérieur pour la Préparation des Imams et Prédicateurs en 1994. Durant ce séjour, il enseigne aussi dans des mosquées et forme de nombreux élèves.
Rentré au Mali en 1995, il s’installe à Bourem et fonde en 1996 le Cercle Abû Zayd Al-Ansârî, spécialisé dans la mémorisation du Coran. Parmi ses réalisations : l’Ecole Dâr Al-Hadîth de Bourem (Primaire en 1991, Collège en 2000, Lycée en 2020), le Centre Tîba à Gao (2021), l’Imamat à la Grande Mosquée de Bourem, la supervision des écoles coraniques locales, des interventions sur la radio locale, des prédications dans les villages, et la participation à des forums islamiques à Dakar et dans le Nord du Mali.
Son influence profonde est reconnue ; plusieurs anciens élèves témoignent de son impact, notamment à La Mecque où il a formé des générations, et il a été honoré par l’Association de Mémorisation du Coran de La Mecque.
Connu à Bourem sous le nom d’Alfaga Abi, marabout à la barbe échevelée, au regard perçant et à la voix posée, il incarne une sagesse ancienne, transmise en silence, enracinée et puissante.
Son influence se mesure dans la rigueur du savoir, la force de la foi et la discipline du cœur. On dit qu’il parle peu, mais que ses silences enseignent plus que de longs discours. Son rôle dépasse la sphère religieuse : il est aussi un pilier moral, un pacificateur respecté. Dans les cercles d’arabisants du Nord, son nom résonne avec respect. On dit qu’il a ouvert des cœurs autant que des esprits.
Alfaga Abi ne cherche ni titre ni reconnaissance. Il avance aujourd’hui lentement, porteur de tradition et convaincu que la lumière, même discrète, finit toujours par éclairer le chemin !
Source : Alpha Maïga







